03 février 2009
Au commencement était le pouvoir
A tous ceux qui me lisent, j'ai le plaisir de vous dire que j'ai beaucoup de bons retours de mes lecteurs sur mon livre Au commencement était le Pouvoir.
Aussi je vous livre les premières lignes...
Ceux qui croient que le pouvoir est amusant confondent « pouvoir » et « abus de pouvoir ».
André Malraux
Marie-Pierre Demon
Daïa n’était pas en train de paresser. L’heure était grave et sa tâche lourde de responsabilités. Les yeux fermés, elle était assise en tailleur, vêtue d’une petite robe laissant deviner la pâleur de sa peau. Elle méditait. Ses mains légères caressaient une pierre de cristal bleu placée entre ses jambes. Quiconque aurait contemplé le spectacle à cet instant l’aurait sans doute trouvé sensuel, pour ne pas dire bandant.
Elle était seule, son unique compagnie animée – si l’on peut dire – étant une bougie éclairant discrètement la pièce.
Soudain le cristal étincela, d’un bleu intense et fluorescent, – sans interrupteur, ni intervention divine – illuminant la chambre. La jeune femme ouvrit alors les yeux. Une tristesse indicible s’empara d’elle et elle poussa un grand soupir brisant le silence de la pièce.
Non, ça ne va pas recommencer ! Pas encore, pas si tôt !
Les ondes avaient afflué dans sa tête, sans jouer du Mozart. Elle venait d’avoir une nouvelle vision. Elle s’étira, se leva, enleva sa robe pour revêtir un pantalon noir et une tunique violette. Elle enfila une veste de cuir épaisse par-dessus, boucla sa ceinture, empoigna l’épée accrochée au mur.
Daïa était une jolie jeune femme, taille moyenne, cheveux châtain clair, la peau légèrement mate lui donnant l’air d’une habitante du soleil, les yeux verts tirés en amende ajoutant un charme certain à son visage. A trente-cinq ans, elle était très jeune – à cette époque on pouvait vivre jusqu’à cent vingt ans.
Habillée de cette façon nettement moins sexy, elle sortit alors de sa cavité souterraine. Elle fit signe à un homme qui en interpella d’autres à son tour. Elle s’approcha d’eux.
- Que tous les hommes et les femmes en état de se battre prennent des armes, cria-t-elle afin d’être entendue. Les autres resteront à l'intérieur. Toi, toi et toi, camouflez les entrées. N'oubliez pas la deuxième. Vous deux, vous restez ici, avec eux, pour intervenir en cas de souci.
Elle repoussa deux jeunes gens qui s’avançaient.
- Non, vous, vous êtes trop jeunes, vous devez attendre au camp. Votre tour viendra. Taho, mon ami, peux-tu t’assurer de l’aptitude véritable des futurs combattants et leur dire d’emmener une arme digne de ce nom ?
Taho hocha la tête, amusé.
OK, ça ne badine pas.
Il secondait Daïa dans son rôle de commandement du clan. C’était un homme barbu et grisonnant, en parfaite forme physique, d’une force visible, un léger embonpoint venant seulement s’accorder à sa mine joviale et enjouée. Il avait soixante ans – et vous aurez sans doute compris qu’avec l’augmentation de l’espérance de vie on avait aussi augmenté le maintien de la force et de la virilité chez les sexagénaires.
L’année 2035 était déjà en partie consumée. Des femmes et des hommes se préparaient au combat, quelque part en Bretagne. Ils enfilaient des tenues peu uniformes – et c’est peu dire – pour ce semblant d’armée. A changement d’époque, changement de mœurs, diraient certains. A leur décharge il s’agissait seulement d’une armée de fortune.
Daïa se posta au milieu d’une allée de menhirs, toutefois elle n’envisageait pas que la multitude des cailloux d’Obélix, la saluant au passage, aurait été plus habile à vaincre que leurs ennemis.
Elle songeait à la protection dont ils avaient bénéficié jusqu’à présent et priait pour qu’elle durât encore. Non pas qu’on eût retrouvé les traces de Dieu, mais parce qu’on avait compris que la prière était avant tout un acte de courage et de force adressé à soi-même, son Dieu intérieur. D’ailleurs, le Dieu des catholiques n’aurait peut-être pas apprécié les dons de prémonition de Daïa. Ou devrait-on dire pouvoirs. Au Moyen-Âge, en tout cas, sûrement pas.
Commentaires
bravo pour ce livre
Super Marie-Pierre, j'ai adoré votre livre. Pétillat, tonique, fantastique !
Merci
Sympa comme bouquin
Un mot pour te dire Marie que j'ai aimé ton bouquin, car il se lit tout seul, il lie philosophie et action...rare !
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